Le « racisme anti-blancs » : une arme idéologique de droite
Le terme de « racisme anti-blancs », longtemps restée dans les sphères d’extrême droite, est depuis quelques temps utilisée même par la droite et les partis au pouvoir en France. A quoi cela correspond-il et pourquoi est-ce dangereux ?
Le racisme anti-blanc, en opposition au racisme classique, serait une mouvance de haine envers les personnes blanches, ou plus largement une haine « anti-français, anti-blancs, anti-chrétiens » comme énoncé par Jean-Marie le Pen déjà en 1998. Le terme dénonce l’antiracisme et le rapport plutôt à un racisme « inversé ». Ces propos démontrent un curieux rapprochement avec l’antifascisme, une lutte et une opposition au fascisme souvent décriée par l’extrême droite une fois de plus, la critiquant comme étant le « vrai fascisme », créant un non-sens.
Or, en plus de ses racines d’extrême droite, ce terme démontre une manipulation médiatique pour servir les intérêts des gens de pouvoir sur les minorités ethniques, ainsi que plus largement une manipulation de l’extrême droite. L’extrême droite, et plus particulièrement le Rassemblement National (anciennement Front National), tentent de briser un tabou, pointer du doigt des violences envers les personnes blanches comparables à du racisme, pour toujours plus discriminer les personnes de couleur.
L’existence supposée du racisme anti-blancs se repose sur des actes minoritaires et isolés. « On peut parler d’un racisme sans dents, qui peut mordre, faire un peu mal, mais pas dégrader les conditions d’existence. », énonçait Christelle Hamel, chargée de recherche à l’Ined. Il existe en effet des actes individuels de personnes de couleur ayant exercé de la violence ou de la haine envers des personnes blanches. Cela est cependant loin d’être suffisant pour qualifier cela comme un phénomène de racisme. Cela met entièrement de côté l’aspect systémique du racisme.
Le racisme comme on le connait se base sur des dynamiques d’injustice et de discrimination quotidienne des personnes racisées, et en particulier noires et arabes en France, qui a une culture raciste particulièrement forte envers les arabes (qu’elles soient de confession musulmane ou non). Il ne s’agit pas uniquement de haine envers les personnes racisées. Il s’agit d’une structure, d’un système entier fait pour dégrader leurs conditions de vie.

Des situations minoritaires
Contrairement à ce qui peut être parfois énoncé, les attaques à caractère raciste envers les blancs sont très minoritaires. On ne peut pas définir une attaque envers une personne blanche comme étant une forme réelle de racisme lorsqu’elle ne représente même pas la moitié des actes racistes envers les personnes noires ou arabes, et encore moins les deux cumulés, ce qui équivaut à plus de 50% des actes racistes en France. De plus, ces infractions sont rarement sanctionnées ou portées devant un tribunal, contrairement aux infractions envers les personnes racisées qui y sont sur-représentées.
Aucune violence systémique n’est exercée spécifiquement contre les personnes blanches. Une personne blanche ne se verra pas refuser un emploi, l’accès à un lieu, ou un emploi, de par sa couleur de peau spécifiquement, mais toujours à cause d’autres paramètres. Alors qu’une personne racisée pourra se voir refuser des choses uniquement de par sa couleur de peau, sans autre raison, ce qui représente une violence systémique, intégrée à la société, voir normalisée.
La volonté de recentrer à tout prix le discours sur soi
Le racisme anti-blancs, c’est également une manière de montrer que les classes dominantes subissent également des violences. Cela permet de minimiser les violences subies par les minorités. Cela peut se voir également dans d’autres violences, comme les viols exercés sur les hommes, qui sont extrêmement minoritaires et sont utilisés comme outils pour diminuer la gravité du nombre de violences sexistes et sexuelles exercées sur les femmes. Tout ceci relève de stratagèmes de la droite, et parfois sympathisée à gauche, pour décrédibiliser des luttes et garder une forme de contrôle. Cela n’est ni équivalent, ni comparable.
Le danger des rhétoriques d’extrême droite et de leur propagation
Ce genre de discours relayé par la droite française se répand désormais dans les sphères plus générales, et cela pose problème, car il l’intègre, il le normalise chez la population. Le racisme systémique envers les personnes racisées est si violent et pourtant si invisibilisé ou minimisé qu’il est dangereux d’y ajouter une dimension de racisme spécifiquement contre les blancs, contre les dominants, alors qu’il est négligeable de manière sociétale. Le racisme anti-blancs n’est pas institutionnel, structurel, et encore moins ancré dans l’éducation. Enfin, les actes exercés envers les personnes blanches sont, dans la majeure partie du temps, une volonté d’exercer en retour ce que beaucoup de communautés subissent déjà. Là où le racisme est malheureusement ancré dans la culture française, il faut se demander pourquoi des actes individuels se produisent contre les personnes blanches, et prendre le problème à la racine : c’est une conséquence du racisme exercé par les dominants, et non une haine pour ce qu’ils sont.
Il est important d’éduquer sur le sujet et de sensibiliser sur le racisme systémique, et d’expliquer que les quelques cas de violence envers les personnes blanches ne relève que de l’acte isolé et n’est en rien sociétal.
Christelle Hamel, chargée de recherche à l’Ined, à France Info
Jean-Marie Le Pen, président du Front national, dans un discours à l’université d’été du FN, le 15 août 1998
Expérience du racisme au cours de la vie (%) auprès des personnes âgées de 18 à 50 ans. Source : TeO, Ined-Insee, 2008. (INED)
https://web.archive.org/web/20210712113731/https://www.cncdh.fr/sites/default/files/rapport_racisme_2020_contribution_ministere_interieur_bilan_statistique.pdf
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