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Cassis : Le hameau des Tunisiens (1971 – 2005)

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Cassis : Le hameau des Tunisiens (1971 – 2005)

Le bidonville de la carrière Fontblanche, en bordure de Cassis, abrite depuis le début des années 70, une population de 93 travailleurs immigrés, tous hommes et originaires d’une même localité du sud tunisien : Mareth.


« Libération » : Le huis clos des Tunisiens oubliés de Cassis. Dans un bidonville au creux d'un vallon, une centaine d'hommes vivent en bonne intelligence.

Ils laissent filer le temps à l'ombre des pins. Ils n'attendent rien ni personne, dans ce vallon étroit creusé dans le calcaire blanc. Autrefois exploitée pour sa célèbre «pierre de Cassis», l'ancienne carrière de Fontblanche, au bout du chemin, est abandonnée depuis longtemps. Et Cassis, le village huppé, à quelques centaines de mètres, leur tourne le dos, préférant regarder la mer plutôt que leurs cabanes. Le mot est peut-être trop fort pour désigner un amoncellement de planches et de bâches, d'où émerge parfois une carcasse de voiture. Un seul robinet à l'entrée du chemin, pas d'électricité, pas de sanitaires. Mais chaque cahute possède son numéro, peint maladroitement sur sa porte, avec le nom de son occupant. C'est là que vivent depuis vingt-cinq ans une centaine de Tunisiens, tous issus du village de Mareth. «Au début, se souvient Salah, 48 ans, on était plus de 250. Les premiers qui se sont installés là ont fait venir les autres. Tout le monde travaillait, dans le bâtiment, l'entretien des jardins, la plonge dans les restaurants. Les employeurs venaient même ici pour chercher de la main-d'oeuvre.»

L'âge d'or du bidonville s'est terminé dans les années 80, avec le chômage. Personne ne vient plus pour l'embauche. Les plus vieux sont repartis au pays avec leur retraite en poche. Les autres attendent leur tour, à coups de RMI et d'allocations chômage. Mais le hameau sauvage, niché entre les tennis et le parc forestier du Messuguet, a conservé ses règles. «Quand tous travaillaient, rappelle Salah, on se cotisait pour que l'un de nous assure le gardiennage dans la journée.» Précaution inutile désormais, puisque la quasi-totalité des occupants est sans emploi. En revanche, l'entrée des femmes reste interdite. Délinquants et étrangers en situation irrégulière sont également rejetés. «On est tranquilles ici, il n'y a ni trafic, ni bagarre, rien. On est entre nous.» Des propos que confirme la gendarmerie de Cassis, qui passe régulièrement faire un petit tour. Avec le facteur et le camion poubelles, deux fois par semaine, ce sont les seules incursions du monde extérieur dans ce lieu sans nom.

Nasser était maçon. Licencié en 1989, il a 56 ans aujourd'hui et n'a plus jamais retrouvé de boulot. Alors, comme les autres, il attend. «On ne fait rien de la journée. On se réunit, on se raconte de vieilles histoires. Cinq fois par jour, on va à la salle de prière.» C'est l'une des rares constructions en dur, cachée dans le dédale des cabanons. Sur le sol de ciment immaculé, les hommes ont jeté deux tapis magnifiques. «Il y a aussi la télé, le soir, poursuit Nasser. C'est le consulat qui nous l'a offerte. Ça passe bien le temps.» La parabole pointe bizarrement sur un toit de tôle ondulée, dans la seule cahute à posséder un branchement électrique. Partout ailleurs règne, le soir venu, la lueur des bougies. «Chacun vit chez lui, fait ses courses au village, sa cuisine. L'hiver, quand il fait froid, on se chauffe avec le bois qu'on ramasse ici et là.» Certains cultivent à grand-peine un carré de potager.

Drôles d'hommes que ces oubliés de Cassis, et qui ne demandent rien. Ils parlent doucement, un brin de résignation dans la voix. Et s'ils évoquent parfois «des cabinets propres», ou «des bungalows», cela tient plus du rêve caressé que de la revendication. Faute de logements sociaux à Cassis, les seules offres faites il y a des années les auraient obligés à aller à Aubagne, en HLM. «Ça ne nous arrangeait pas», concède Salah. D'autant qu'il est incapable de payer le moindre loyer, avec ses 1.700 francs de pension d'invalidité et ses six enfants au pays. Alors, avec les siens, il est resté dans sa colline.

La mairie s'est accommodée de leur présence discrète. Elle fait même ce qu'elle peut pour les aider. L'assistante sociale remplit les dossiers de demande de RMI, s'occupe de l'aide médicale pour les malades, donne des vêtements. «Nous veillons à ce qu'ils bénéficient des droits qu'ils ont acquis, explique Marielle Simonini. Ils ont travaillé pendant des années, ils habitent depuis longtemps sur la commune, ils sont en situation régulière. Il est normal qu'ils aient accès aux prestations.» Elle ne monte jamais au hameau. Mais il est bien rare que le visiteur venu pour un conseil ou un papier à remplir arrive les mains vides. Vases, statuettes, sculptures ramenées du pays et qui s'entassent dans son bureau témoignent de leur reconnaissance. «Ce sont des gens chaleureux, conviviaux, serviables», assure Marielle Simonini.

Là-haut, dans leur vallon, les exilés de Mareth ont arrêté le temps. Entre corvées d'eau et prières, entre maigre cuisine et soirée télé, ils poursuivent leur conversation silencieuse, de celle des gens qui n'ont plus rien à dire.

http://www.liberation.fr/france/0101150860-le-huis-clos-des-tunisiens-oublies-de-cassis-dans-un-bidonville-au-creux-d-un-vallon-une-centaine-d-hommes-vivent-en-bonne-intelligence

 

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